Le Web 2.0 a fait émerger, dans les années 2000, la figure de l’individu contributeur, parfois appelé « multitude ». Une émergence facilitée par les architectures de participation inventées par les innovateurs de cette époque. C’est le Web contributif, qui s’accommode de niveaux d’implication d’intensité très variables : laisser Amazon utiliser les « traces » de ses utilisateurs pour ses recommandations ; recycler des objets inutiles avec FreeCycle ; ou encore militer dans la campagne présidentielle de Barack Obama ; dans le champ de la ville, s’impliquer, contribuer, c’est fournir ses traces à Waze, donner son avis sur TripAdvisor ou participer à l’économie collaborative (échanges de bien, covoiturage, etc.). Cette dimension a été fortement investie par les innovateurs. L’usager-citadin est d’abord vu comme le futur utilisateur des nouveaux services produits par l’innovation startup (outils de signalement, mobilité, civic-tech), ou comme capteurs (cartographie, mesure). Il y a donc peu de co-construction avec le citoyen. Les usagers-consommateurs ne s’en plaignent pas : ils sont majoritairement demandeurs de services, d’applications, ils livrent leurs données souvent sans États d’âme, légitiment les pratiques les plus disruptives quand elles leur profitent, donnant ainsi de la force aux disrupteurs, qu’importe si cela produit de la précarisation, de la prédation, ou de la liberté sans pouvoir. Ainsi un grand nombre de citadins plébiscitent par leurs usages la ville numérique et servicielle. Le Web contributif appliqué à la ville s’est finalement surtout épanoui dans une économie collaborative de consommation.